Retour sur l’accessibilité des MOOCs dans le projet EIFFELa : extrait de la vidéo du 1er mars 2017

Nous  collaborons avec France Université Numérique pour l’accessibilité des MOOCs. Je vous ai déjà donné un avant goût de cette collaboration avec l’article  relatant mon intervention lors de la Masterclass «Comment rendre les MOOC plus accessibles ?» du 30 septembre dernier à la Cité des Sciences et de l’Industrie. Voici ci-dessous un extrait vidéo de 15mn expliquant le travail de Koena sur l’accessibilité des MOOCs dans le projet EIFFELa.

Un événement accessible… pour parler de l’accessibilité des MOOCs !

Le 1er mars 2017, France université numérique, alias FUN, organisait un petit-déjeuner d’information concernant son projet de recherche et développement EIFFELa. Le sigle EIFFELa signifie «expérience innovante sur FUN pour des formations en lignes accessibles». Les MOOCs sont des cours en ligne ouverts à tous. L’une des composantes du projet concerne l’accessibilité des MOOCs pour les publics à besoins spécifiques ou en situation de handicap.

Étant donné le sujet, l’accessibilité des MOOCs, FUN a tenu à faire preuve d’exemplarité dans l’organisation de cet événement, pour qu’il soit le plus inclusif possible.

La vidéo complète dure 2 heures et 12 minutes, et a été rendue accessible par de la traduction en langue des signes française (LSF) par l’agence Paris Interprétation, puis par le sous-titrage et la transcription par MFP.

Pendant la session elle-même, il y avait de la vélotypie par la société System RISP, c’est-à-dire que tout ce qui était dit était tapé et projeté en direct sur un écran pour permettre aux personnes sourdes et malentendantes ne maîtrisant pas la LSF de suivre ce qui se disait.

À noter que le tournage vidéo et le montage ont été réalisés par Sciences Po. Ce qui permet de profiter de cet événement à distance et en différé, même si vous n’aviez pas pu y participer.

FUN a rédigé un article rapportant cet événement, avec la vidéo hébergée sur Dailymotion ainsi que la version texte de la vidéo en téléchargement (PDF, 701 ko).

MFP a également publié la vidéo intégrale sur sa chaîne Youtube.

Extrait vidéo : Koena et l’accessibilité des MOOCs dans le projet EIFFELa

Aperçu sur la chaîne Youtube de Koena

Je vous invite vraiment à regarder l’intégralité de cette vidéo sur la chaîne Dailymotion de FUN ou sur la chaîne Youtube de MFP si vous vous intéressez au sujet.

Nous nous contentons ici de vous en livrer un extrait qui dure 15mn, avec mon intervention pour présenter le travail de Koena sur la prise en compte de l’accessibilité numérique, aussi bien d’un point de vue technique que du point de vue de la conception pédagogique des MOOCs.

Description textuelle de l’extrait vidéo « Koena et l’accessibilité des MOOCs sur le projet EIFFELa par Armony Altinier »

Introduction

Bonjour. Alors, l’idée est de vous présenter le travail qu’on a fait sur EIFFELa.

J’en profite juste pour dire… EIFFELa, on a dit « petit a », parce que tout est en majuscules sauf le « a ». Mais normalement, c’est exposant a, donc puissance a, puissance accessibilité. Quand même.

Donc, je m’appelle Armony Altinier. J’ai créé Koena au 1er septembre 2016, mais je suis dans l’accessibilité depuis une dizaine d’années. Je suis spécialiste des normes internationales et françaises d’accessibilité numérique. Je vous expliquerai ce que c’est. Pour moi, c’est vraiment une question d’inclusion de toutes les situations de handicap, donc ça peut être assez large. Et je crois que l’organisation de cet événement est aussi une expérience pour les gens qui ne baignent pas dans ce milieu. Tout le monde a fait et fera des efforts, je sais, pour décrire par exemple ce qui est projeté. Mais on compte sur vous aussi pour nous dire s’il y a des oublis. C’est un apprentissage, vous le savez tous, je pense.

J’ai écrit un livre « Accessibilité web » chez Eyrolles, dont la deuxième édition sortira en fin d’année.

Définition de l’accessibilité numérique

L’accessibilité en soi a plusieurs définitions possibles. Je vais vous donner la définition « officielle ». Donc, l’accessibilité numérique signifie que les personnes handicapées peuvent utiliser le numérique. Donc, plus précisément, qu’elles peuvent percevoir, comprendre, naviguer, mais aussi interagir et contribuer. C’est d’autant plus important sur des MOOCs où il y a une part de participation des personnes. Ce n’est pas de la consommation d’informations.

Et ça concerne toutes les situations de handicap, notamment, mais pas seulement, les handicaps auditifs, les handicaps visuels, je mets au pluriel car il y a toute une diversité de situations, les handicaps intellectuels, cognitifs, psychiques, moteurs. Et puis, ça concerne aussi les personnes âgées dont les capacités diminuent avec l’âge parfois.

Alors, pourquoi je disais « définition officielle » ?

Parce que dès qu’on parle d’accessibilité numérique, mais pas seulement d’ailleurs, on tombe dans les obligations légales, le respect des normes, avec un côté un peu lourd.

Accessibilité numérique : normes et standards
Obligations juridiques

Sur le côté normes au sens juridique, beaucoup de choses se sont passées ces 6 derniers mois, même ces 4 derniers mois. C’est vraiment récent.

Au niveau de l’Union européenne, le 26 octobre dernier, en 2016, il y a quatre mois, une directive européenne a été votée pour l’accessibilité des sites web et des applications mobiles pour le secteur public.

En France, l’article 47 de la loi du 11 février 2005, la loi handicap, donc une vieille loi, a été remis à jour pareil, en octobre 2016, pour étendre le champ d’application.

Ce n’est plus uniquement le secteur public, maintenant c’est également le secteur privé doté d’une mission de service public. Et c’est aussi pour les grandes entreprises maintenant. Et il y a des discussions au niveau européen.
J’étais encore le mois dernier à Bruxelles pour le futur European Accessibility Act pour l’e-commerce. Donc, le champ s’est étendu.

Et au-delà de ça, quand on parle de respect des normes et des lois, à la base, la Convention relative aux droits des personnes handicapées des Nations unies, qui a fêté ses dix ans en décembre dernier, dit bien que la non-discrimination est un droit humain.

Avec le concept de discrimination passive, il y a une obligation d’aménagement raisonnable. Donc ça, c’est une théorie qui a été confirmée par une décision du défenseur des droits le 7 février 2017. Donc, quand je vous dis que c’est d’actualité… Quand il n’y a pas d’efforts, il y a discrimination.
Et donc là, on passe sur tout ce qui est possible en termes de juridiction, y compris du Code pénal.

Donc ensuite, comment fait-on tout ça ?

Standards techniques

La loi va dire : « Il faut respecter des normes. » Donc, on repasse aux normes, mais cette fois au sens standard, dans le sens ISO du terme. Donc là, quand on parle de normes d’accessibilité numérique, d’accessibilité web, il y a un incontournable, le W3C, qui veut dire «World Wide Web Consortium».

C’est un organisme international qui fait des standards pour que le Web marche partout. Certains d’entre vous ont peut-être entendu parler du HTML.
C’est eux qui font ça. Ils ont plusieurs grands groupes de travail à l’intérieur, et notamment un groupe de travail qui s’appelle WAI, Web Accessibility Initiative, « initiative pour l’accessibilité du Web ». Et ces gens-là ont fait un document qui est le standard reconnu à la fois par la directive du 26 octobre 2016 au niveau de l’Union européenne et dans la loi française, qui s’écrit W.C.A.G. et se prononce «Wécag», et qui sont les règles d’accessibilité des contenus web.

On devrait dire plus exactement « les règles d’accessibilité des contenus sur le Web », puisque ça concerne aussi les téléchargements, les vidéos…

Et donc, pour utiliser tout ça, en France, nous avons le RGAA, prononcé aussi « RG2A ». C’est un ensemble de documents, dont un référentiel technique, qui est un outil, en fait, pour vérifier la conformité aux règles internationales.

Conformité, accessibilité et inclusion… sur le projet EIFFELa

Alors, on parle de conformité, d’accessibilité, d’inclusion. Notre approche est vraiment une approche d’inclusion. L’inclusion est vraiment une démarche…
Une démarche citoyenne. C’est un choix de société. Et donc, c’est ça, la finalité.

L’accessibilité est juste un objectif qui permet d’aller vers cette finalité et la conformité est un outil pour vérifier l’accessibilité.

Donc, pour prendre un proverbe chinois, « Quand le sage désigne la lune, l’imbécile regarde le doigt ».

Évidemment, notre objectif n’est pas de faire de la conformité à 100 %, mais de faire en sorte qu’on vise l’inclusion du plus grand nombre.

Au niveau d’EIFFELa, a en exposant, donc « puissance accessibilité », il y a 2 aspects comme le disait Catherine. Il y a l’aspect accessibilité technique et l’aspect conception pédagogique.

Prise en compte de l’accessibilité numérique d’un point de vue technique

Au niveau de la conformité technique, l’objectif est que ça fonctionne pour le plus grand nombre. C’est l’objectif qu’on s’est donné.

Donc, s’il y a un bug d’accessibilité, ça doit être traité comme un bug tout court. Donc, ça doit être traité. Donc, mon intervention va concerner plus :

  • des audits de code, des tests sur des technologies d’assistance ou différents environnements, des propositions de corrections. Ce n’est pas juste « Ça ne va pas ». Il faut dire comment corriger.
  • Des comparatifs de solutions techniques : qu’est-ce qui est le plus judicieux, le plus approprié, le moins coûteux, le plus efficace ? Le plus pérenne ? Ça aussi, c’est important.
  • De l’accompagnement en mode « pompier », j’aime dire parfois, et du débogage si besoin.
  • Et puis de la formation.

Les enjeux techniques sur EIFFELa et sur la plate-forme FUN sont de 3 ordres :

  1. Il y a les enjeux qui concernent la plate-forme FUN elle-même, notamment tout ce que vous voyez, ou percevez si vous ne voyez pas, en tout cas tout ce qui a été de l’ordre de la personnalisation et qui dépend des équipes de FUN et de leurs partenaires, pour les partenaires du projet, notamment pour Adways et Glowbl. Donc ça, on a la main dessus, on peut faire des choses facilement.
    On peut faire des choses en tout cas.
  2. Et puis il y a une partie qui est le moteur qui génère la plate-forme FUN.
    C’est un logiciel qu’on appelle un LMS, Learning Management System.
    Et donc, c’est un logiciel libre et open source qui s’appelle Open edX, qui est géré de manière communautaire par un consortium dont la majorité des décisions, en réalité, sont prises par Harvard, MIT, aux États-Unis, et dans lesquelles FUN et les partenaires sont impliqués. Mais ça veut dire que si on veut faire une modification pérenne, c’est libre, on peut le faire, mais si on veut le faire de manière pérenne, il faut le faire en bonne intelligence. Donc, certaines corrections peuvent prendre du temps. Par exemple sur le multilinguisme. Comme ça vient des États-Unis, ils n’y ont pas spécialement pensé à l’avance. Donc, des tas de travaux peuvent prendre plus de temps.
  3. Et puis le côté back-office. Là, c’est la génération du contenu par les utilisateurs. Et là, il y a les deux : à la fois des briques qui sont par FUN et des briques qui sont d’edX.

Donc, ce sont vraiment des enjeux qui ne sont pas simples, en fait, mais auxquels tout le monde s’attelle avec enthousiasme.

Volet pédagogique du projet EIFFELa : prendre en compte l’accessibilité dans le production de MOOCs

Sur le volet conception pédagogique, l’objectif est de guider et faciliter la conception de MOOCs inclusifs. Là, on n’a pas le même public. Les personnes qui conçoivent des MOOCs ne sont pas des techniciens, et l’accessibilité peut être très loin de leurs préoccupations.

Chez Agreenium, il y a des vignerons, par exemple, pas forcément sensibles au numérique, mais qui veulent partager leur expérience. C’est très enrichissant.
Du coup, leur expliquer qu’il faut donner un attribut à une image, ce n’est pas simple. Il faut trouver des façons de le prendre en compte.

Donc, mon travail, c’est surtout :

  • l’observation des pratiques. C’est une étape importante pour laquelle je remercie Maxime de Sciences Po, qui s’est prêté au jeu sur le MOOC pilote de Sciences Po et dont vous aurez un retour d’expérience à la fin. Pointage des difficultés potentielles d’accès dès la conception. On peut comme ça plus facilement proposer et imaginer des solutions dans la conception des exercices, par exemple.
  • De l‘accompagnement, de la formation, bien sûr.
  • Et puis la fameuse rédaction d’un guide qui donnera lieu à une publication et à un MOOC pour utiliser ce guide, on ne sait pas encore qui le fera d’ailleurs, à l’issue des 10 MOOCs tests.

Alors, les enjeux pour le coup, là, sont vraiment organisationnels. On avait des enjeux techniques sur le volet technique. Sur la partie conception pédagogique, ce sont des enjeux organisationnels avec :

  • une grande difficulté dans la multiplicité des concepteurs. Il peut y avoir de multiples enseignants, mais aussi des professionnels, des témoignages de gens extérieurs, les équipes pédagogiques au sein des universités, dont le concept de MOOC est parfois plus ou moins rodé, parfois complètement nouveau, avec une maîtrise du numérique qui est aussi très variée.
  • Multiplicité des formats. : donc, les formats qui sont à disposition sur la plate-forme. Ça peut être des vidéos, c’est classique. Il y a aussi des contenus web directement, du texte. Il peut y avoir des documents en téléchargement et alors là, c’est la foire à tout. Il peut y avoir du PDF, du PowerPoint, des tas de choses. Des vidéos… Ça rend d’autant plus complexe la prise en compte de l’accessibilité.
  • Et puis la multiplicité des organisations au sein même des universités. Juste un petit aperçu, j’ai accompagné un seul MOOC puisqu’on a fini le MOOC pilote de Sciences Po, mais les autres MOOCs fonctionnent tous différemment. Les MOOCs sont en plein essor, mais il n’y a pas de standardisation des process, par exemple.
Un travail en cours, et un travail d’équipe !

Donc, il s’agit d’un travail en cours. Je dis ça, parce que si vous allez voir le MOOC de Sciences Po, ça ne sert à rien de m’écrire en me disant ce qui ne va pas. Je sais ! Ce n’est pas parfait. Mais de nombreux contenus ont déjà été rendus accessibles. Il y a un travail considérable, notamment par MFP, sur le sous-titrage et la transcription. Et par Sciences Po.

Sur le MOOC « Migrations mondiales« , il y a énormément de cartes. Tout a été décrit. C’est crucial. C’est là qu’on se rend compte que l’accessibilité nécessaire pour certains bénéficie à tous. Car il y a des cartes que je ne comprenais pas. Grâce à la description, c’est beaucoup plus clair ! Il a quand même fallu une doctorante pour le faire.

Les non-conformités ont été identifiées. Ce n’est pas un audit complet, ça ne sert à rien. Parce que comme on est en mode R&D, il y a beaucoup de mises à jour qui se font en permanence et des livrables réguliers. Donc, on fait de petites portions d’audit et on améliore au fur et à mesure. Et puis les corrections sont déjà planifiées pour un certain nombre.

Donc, je tiens à souligner que l’accessibilité, quand vous voyez cette complexité, est vraiment un travail d’équipe. Quand je dis « équipe », c’est évidemment avec FUN, où les équipes sont vraiment impliquées. Mais aussi avec les différents partenaires. Puisque ces start-up développent des choses, il faut qu’elles prennent en compte l’accessibilité. Elles le savaient, c’était dans le cahier des charges. Mais elles jouent complètement le jeu et ça permet d’avancer.

Et puis évidemment, avec les partenaires, sur l’accessibilité, il y a plusieurs approches. Donc là, vous allez voir l’aspect accessibilité ergonomique avec Marie du LUTIN. Elle va vous expliquer à quel point c’est complémentaire.
Et puis l’accessibilité par le sous-titrage et la transcription par MFP. Donc, en ce qui me concerne, c’est de l’accessibilité… Pour faire la différence, je parle de « normative ». Donc, vous aurez mes coordonnées.

Pour la plupart, vous les avez, puisque je vous ai donné des confirmations pour vous inscrire. Et de toute façon, il y a une session de questions-réponses à la fin si vous le souhaitez.

Merci

Bientôt un point d’étape : l’accessibilité du projet EIFFELa, année 2

Cet extrait vidéo relate une conférence qui a eu lieu en mars 2017, il y a donc près d’un an. Beaucoup de choses se sont passées depuis sur le projet. FUN organisera le 14 mars prochain un après-midi de sensibilisation à la production de vidéos accessibles. Ce sera  de 13h à 16h à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Cet événement permettra également de donner des nouvelles sur la prise en compte de l’accessibilité numérique dans le projet EIFFELa.

Infos et inscription à l’après-midi du 14 mars sur le site de FUN.

À très bientôt donc pour des nouvelles toutes fraîches !
Armony

 

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